Trois choses différentes poussent sur un toit québécois, et on les confond constamment. Elles n'ont pas du tout le même niveau de gravité.
Les taches noires : des algues, surtout esthétique
Ces longues coulées noirâtres, souvent orientées vers le bas de pente, sont causées par une cyanobactérie qui se nourrit du carbonate de calcium contenu dans les granules du bardeau. C'est disgracieux, ça donne l'impression d'un toit beaucoup plus vieux qu'il ne l'est, et ça affecte la valeur perçue d'une maison à la revente.
Le risque structurel immédiat est faible. Mais une surface plus foncée absorbe plus de chaleur, ce qui accélère le vieillissement thermique du bardeau. Ce n'est pas une urgence, c'est une horloge qui tourne un peu plus vite.
La mousse : le vrai problème
La mousse, elle, est un organisme qui retient l'eau. Elle s'installe dans les zones ombragées et humides, versant nord, sous les arbres, autour des cheminées.
Deux mécanismes de dommage :
- Elle garde le bardeau mouillé en permanence. Au Saguenay, avec plus de 100 cycles de gel-dégel par an, cette eau retenue gèle, prend de l'expansion et travaille le matériau de l'intérieur.
- Elle soulève physiquement les bardeaux. En s'épaississant sous le rebord, elle crée un espace où l'eau peut circuler à contre-sens, exactement ce qu'un toit est conçu pour empêcher.
C'est la mousse qu'il faut traiter en priorité.
Le lichen : le plus tenace
Le lichen est une symbiose entre une algue et un champignon. Il s'ancre dans la surface avec des structures qui pénètrent la couche de granules. Quand on l'arrache mécaniquement, il emporte des granules avec lui, et les granules sont précisément la couche qui protège l'asphalte des UV.
C'est pour cette raison qu'un lichen bien installé ne doit jamais être gratté ni délogé au jet puissant.
Pourquoi le lavage à haute pression est à proscrire
C'est probablement le conseil le plus important de cet article. Sur un bardeau d'asphalte, le lavage à pression ne doit jamais être utilisé, en aucune circonstance. La position du secteur est sans ambiguïté sur ce point.
La raison est simple : la couche de granules minéraux est ce qui protège l'asphalte du rayonnement UV. Un jet à haute pression la décolle. Vous obtenez un toit qui a l'air propre pendant une saison et dont l'espérance de vie vient d'être amputée de plusieurs années. C'est aussi une cause classique d'annulation de garantie manufacturier.
La méthode appropriée est le nettoyage à basse pression avec une solution qui agit chimiquement sur les organismes, en laissant la pluie faire le reste du travail sur plusieurs semaines.
La prévention, dans l'ordre
- Émondez les branches qui surplombent le toit. Moins d'ombre, moins d'humidité stagnante, moins de débris organiques.
- Gardez les gouttières libres. Une gouttière bouchée maintient le bas de pente humide en permanence.
- Vérifiez la ventilation du grenier. Un grenier mal ventilé chauffe le toit par en dessous, crée de la condensation et favorise les barrages de glace.
- Faites nettoyer par la bonne méthode. Basse pression, jamais haute pression.
- Envisagez un traitement hydrophobe si votre toit reprend de la mousse chaque année : une surface qui sèche plus vite est nettement moins hospitalière.
Quand s'inquiéter pour de vrai
Appelez quelqu'un si vous observez : de la mousse épaisse qui soulève visiblement les bardeaux, des granules en quantité dans les gouttières, des bardeaux qui retroussent aux coins, ou un cerne d'humidité dans le grenier. Ces quatre signaux se recoupent souvent, et ils changent la conversation.